
08 Novembre 2008, Rosalyne Mathias, 60 ans, affectée par l'émotion, près de l'arbre où elle a fait une fausse couche, résultat d'un viol 43 ans plus tôt. Elle est retournée sur les lieux afin de faire une cérémonie et retrouver la paix. Photo © Marc-André Pauzé - Tous droits réservés
La Loi du Silence s’effrite (Finaliste aux Grands Prix du journalisme indépendant 2009)
Comme beaucoup de communautés autochtones du Canada, le village algonquin de Winneway, situé à 628 Km de Montréal, est aux prises avec de sérieux problèmes sociaux. Parmi ceux-ci, la violence sexuelle reste derrière les portes. À l’origine de plusieurs comportements autodestructeurs, très peu de victimes parlent des agressions auxquelles elles ont été soumise, même s’il y a un taux avoisinant les 26%, selon Statistiques Canada.
Mais selon le Groupe de recherche et d’interventions psychosociales en milieu autochtones (GRIPMA), entre 50 et 80% serait plus près de la réalité. La perte d’identité culturelle, la pauvreté, le chômage, les répétitions générationnelles, l’utilisation de drogues et alcool seraient parmi les causes de violence dans les communautés autochtones.
Malgré tout, quelques femmes, comme Eva Moushoom, se mettent à parler, dans leur processus de guérison, pour briser le cycle et protéger les jeunes générations. Mais sommes-nous prêt à les écouter?
J’ai rencontré Eva pour la dernière fois en mai 2009 sur le bord d’une rue du village. Ses cheveux noir cascadant sous une casquette de Marines américain. Elle me raconta qu’elle était en démarche judiciaire en appui à sa fille de 17 ans … qui s’était fait agresser … elle aussi. Les mots se bousculait tellement elle essayait de contrôler sa colère.
« Quelqu’un de la communauté est intervenu en cour pour essayer d’étouffer l’histoire, me dit-elle. Il n’a pas le droit de faire ça et il ne m’arrêtera pas. C’est pourquoi je suis fière de t’avoir raconté mon histoire. Il faut parler.»
Eva fut retrouvée morte sur le bord de cette même rue, le 10 août 2009 …. La Sureté du Québec n’a pas jugé bon de faire une enquête et le bureau du Coroner m’a confirmé qu’il n’y avait pas eu d’autopsie ….
Une autre femme autochtone morte sans autres explications que «encore l’alcool et la drogue».
La Loi du silence n’est pas facile à briser… Minawag kika wamin Eva (au revoir Eva)
Reportage de 3000 mots et photoreportage (finaliste aux Grands Prix du journalisme indépendant 2009)
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Texte et photographie : Marc-André Pauzé
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Texte et Photographies : Marc-André Pauzé